Egalité hommes-femmes: ce que dit vraiment le Coran

Egalité hommes-femmes: ce que dit vraiment le Coran

L’homme peut frapper sa femme. Dieu dit que les hommes sont supérieurs aux femmes. Le Prophète a dit que la religion de la femme ne valait que la moitié de celle de l’homme... Nombreux sont les versets du Coran ou les Hadiths rapportés, entendus ici ou là, qui infériorisent la femme par rapport à l’homme et la réduisent à l’état d’objet de soumission. Un état de fait qui ferait de l’islam une religion de l’inégalité entre hommes et femmes. Or, que dit vraiment le texte révélé, le Coran de tout cela ? Quel est son message sur l’égalité des hommes et des femmes ? Comment le Prophète de l’islam aurait-t-il pu léguer des paroles qui réduiraient à demi, la femme ? Engagement a voulu apporter les nécessaires éclaircissements sur des préjugés véhiculés au coeur de la société et s’est arrêté sur les travaux du Docteur Al ‘Ajami, diplômé ès sciences et en droit musulmans.

Face à l’injustice flagrante des sociétés musulmanes en matière de droit des femmes, injustice si souvent pratiquée au nom de l’islam, il importe de ne pas faire d’amalgame entre ce que prône précisément le Coran et ce qui relève du fait de l’action humaine. Intéressons-nous d’emblée, aux préceptes coraniques.

L’égalité homme-femme aux origines de la création

“ Ô Hommes ! Craignez votre Seigneur Lui qui vous a créé d’une âme unique dont il créa sa moitié. Il suscita d’eux nombre d’hommes et femmes… Respectez ce lien utérin...” S4.V1
“ Il est Celui qui vous a produits d’une âme unique…” S6.V98
Les versets de ce type sont fort nombreux et ils sont explicites. Il y est bien dit que d’une seule âme ont été produits l’homme aussi bien que la femme et non pas que la femme aurait été produite à partir de l’homme. Le Coran ne disqualifie donc pas la femme en faisant d’elle un sous-produit de l’homme.
La communauté d’origine exposée par le Coran – nafs wâhida (ou âme unique) – est une preuve inaltérable et forte de l’égalité intrinsèque de l’homme et de la femme.
La création de l’homme et de la femme se distingue du reste de la Création et ce de la même manière. Ainsi, le Coran n’attribue pas uniquement à la seule « Eve » le “péché originel” mais, outre qu’il ne s’agit pas d’un péché originel selon l’islam, il mentionne sans ambiguïté que tous deux transgressèrent l’interdit originel symbolisé par l’arbre interdit du Paradis et tous deux exercèrent par là leur raison raisonnante et déterminante :
“... Puis, lorsque tous deux eurent goûté de l’arbre […] Leur Seigneur les interpella : Ne vous avais-je pas à tous deux interdit cet arbre ? [...] Tous deux dirent : Nous avons été injustes envers nous-mêmes et, si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement perdants.” S7.V22-23.
Logiquement, et équitablement, l’homme et la femme sont conséquemment égaux en faiblesse comme ils le sont en grandeur. Aucun n’est plus disposé que l’autre à la faute ou à la tentation :
“ Qui agit mal sera rétribué en fonction, et qui agit vertueusement, homme ou femme, en étant croyant, entrera au Paradis... ” S40.V40.

L’égalité spirituelle et religieuse

Cette égalité intrinsèque devant Dieu implique alors nécessairement l’égalité dans la foi entre les hommes et les femmes.
“ Et quiconque agit vertueusement, homme ou femme, en étant croyant, entrera au Paradis… ”  S4.V124.
Ce verset indique les rapports entre la foi, les actes positifs et la satisfaction divine. Si le Coran s’impose à préciser que cela est aussi vrai pour les femmes que pour les hommes, cela provient du fait des inégalités déjà en place en les divers systèmes religieux existants à l’époque de sa révélation. Qu’il s’agisse des religions dites du Livre ou des pratiques discriminatives polythéistes d’Arabie où les femmes n’étaient qu’une sous-catégorie en matière de foi.
L’égalité en la foi des hommes et des femmes est donc un rappel nécessaire mais non un fait à démontrer. Ce qui engendre l’inégalité en religion n’est que l’inégalité mise en place en les sociétés humaines. Ce sont ces systèmes de discrimination qui sont ensuite introduits dans les religions et bénéficient alors comme d’une validation divine…
Cette égalité en essence, en foi, et en religion, s’exprime alors rationnellement jusqu’au niveau de plus haute spiritualité, la sainteté :
“ Lorsque les Anges dirent : Ô Marie ! En vérité, Dieu t’a élue et purifiée. Il t’a élevée au-dessus des femmes de tous les Mondes. Ô Marie ! Sois dévouée à ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent.” S3.V42-43.
Pas de sexisme dans le Coran
Il s’agit bien là de la conséquence concrète des principes précédents, ce que devrait être la traduction sociétale de ces fondements essentiels d’égalité. Le Coran réfute donc que l’on puisse disqualifier les femmes du fait même qu’elles ne sont point des hommes :
“ A Dieu la royauté des Cieux et de la Terre, Il crée ce qu’Il veut. Il fait don de fille ou de garçon à qui bon lui semble.” S42.V49.
Cette prise de position coranique dément ceux qui affirment que le statut différent, pour ne pas dire discriminatoire des femmes ici-bas, relève d’une volonté de Dieu. Notons l’expression Il fait don (ou yahabu), signifiant fortement la valeur des unes comme des autres et notons de même qu’en ce verset les femmes sont citées avant les hommes, ce qui n’est pas fortuit.
Il n’y a pas de sexisme dans le Coran qui fustige cette conception inique :
“ Lorsqu’on annonce à l’un deux la naissance d’une fille, son visage s’assombrit, se noircit même, et il suffoque. Laissera-t-il apparaître aux gens ce mal qu’on lui annonce, devra-t-il la garder malgré la honte ou l’enterrera-t-il vivante ?[5]  Leur jugement est vraiment une infamie.” S16.V58-59.
Cette dénonciation affirme avec indignation et force la conception égalitaire du Coran. Cette position, rappelons-le, était en opposition totale avec la mentalité bédouine d’Arabie tout comme avec celles de l’ensemble des cultures de cette époque et de celles qui suivirent.
Ainsi donc, il apparaît clairement que le Coran postule et affirme une égalité parfaite entre la femme et l’homme, créatures de Dieu à la fois identiques.

Mais alors, comment expliquer la présence de versets et hadiths contradictoires au sein de la tradition musulmane?

Un certain nombre de versets du Coran semblent en opposition, si ce n’est en contradiction, avec cette égalité foncière et plénière évoquée précédemment. Ces versets sont régulièrement exploités par les partisans de la ségrégation du sexe dit faible. Il apparaît également certain de nos jours que ces versets semblant minorer le statut de la femme en islam, sont régulièrement mis en exploitation par la gente masculine phallocrate, toute à l’obsession du maintien de ses prérogatives culturelles, patriarcales, et millénaires.
Plus exactement encore, entre les us et coutumes des sociétés musulmanes et le Coran en tant que message de Dieu, nous pouvons identifier une courroie de transmission principale: le Hadîth et/ou ce que l’on nomme la Sharia. Ces deux organes sont en réalité prépondérants au point, bien souvent, de se substituer au Coran en notre compréhension et notre vécu de l’islam. De ce fait, Hadith ou Sunna, tout comme Sharia, sont à tort, conçus comme des explications «didactiques» du Coran et  par conséquent, il était prévisible qu’ils puissent éclipser ce qu’ils étaient censés, au contraire, éclairer.
Pour le besoin des démonstrations suivantes, admettons donc que l’islam est composé de trois référents coordonnés que, pour faire simple, nous désignerons par : Le Coran, la *Sunna, la Sharia.
Pour ce tryptique: le Coran, la Sunna et la Sharia, l’on admet généralement et en toute logique un double principe de hiérarchisation et de cohérence. En d’autres termes, le Coran ne peut être invalidé ou contredit par la Sunna ou la Sharia, tout comme la Sharia ne peut contredire la Sunna. Etant considérés comme des éléments censés découler «les uns des autres», ils sont nécessairement en harmonie. Conséquemment, le Coran est la référence opposable à tout hadîth, texte ou discours.

Ainsi, s’il y a contradiction ou opposition entre le Coran et la Sunna, soit on ne comprend pas l’énoncé de l’un ou de l’autre, soit le Hadîth en question est soit une pure fabrication. Analogiquement, s’il y a contradiction entre le Coran et un savant, qu’il soit exégète ou juriste, ou bien celui-ci a tort ou bien on ne comprend pas le Coran sur ce point précis.
Il est donc nécessaire de savoir classifier et agencer les informations constitutives de nos préceptes islamiques. En réalité, il n’y a pas d’analyse et de réflexion possibles, sans une critique rationnelle et éclairée exercée en l’édifice: 1) Coran, 2) Sunna, 3) Sharia.

En application de ce raisonnement, ou bien le Coran stipule la supériorité de l’homme sur la femme et par voie de conséquence l’infériorité de la femme par rapport à l’homme ou, à l’inverse, il affirme leur égalité totale et intrinsèque :
–  Dans le premier cas il sera donc logique de trouver des Hadîths du Prophète parfaitement misogynes ou machistes et il sera alors cohérent que les savants de l’islam aient inscrit dans le droit cette infériorité de la femme.
– Dans le second cas, aucun de ces Hadîths n’a de logiques raisons d’être retenu. Les juristes musulmans les mettant à l’œuvre pour une Sharia s’opposant alors au Coran pourraient être poursuivis pour usage de faux. Tout du moins, leurs points de vue ne reflètent-ils alors que leurs propres idées sur la question et non point la «vérité coranique».

En illustration, il n’y a aura qu’à considérer quelques hadîths fort connus qui nous sont régulièrement rappelés:
Le Prophète a dit : « Je n’aurais rien laissé après moi d’épreuve plus mauvaise pour l’homme que les femmes. »
Puis: « Un peuple qui accepte qu’une femme le dirige ne pourra connaître la réussite. »
Ou encore: « Lorsque un homme invite au lit sa femme et que celle-ci se refuse, alors les Anges la maudissent jusqu’à l’aube. »
Ces propos présentent sans ambages une image de la nature et de la fonction de la femme en adéquation avec les fonds culturels populaires musulmans; cultures passées mais aussi encore nettement pesantes y compris sur les libertés d’être et de pensée des nouvelles générations. La femme, en ces hadîths, retrouve son statut de demi-être. Créature vouée à l’Enfer, elle est tentatrice, fardeau et épreuve pour l’homme, diminuée de moitié en intelligence et religion, elle ne peut donc qu’être asservie à la mâle puissance du sexe fort. Sans son protectorat, elle n’est donc rien de bon.
En ces Hadîths, la sentence en langue arabe est brève, tranchante, facile à mémoriser et à transmettre et, à l’évidence, conçue pour constituer une ligne dure et efficace: la femme infériorisée au service de l’homme. Si le Prophète de l’islam, Mohamed, l’homme le plus au fait de la vérité divine, nous a enseigné ses sagesses c’est qu’il s’agirait là d’une vérité « quasi » révélée. Le glissement n’est pas ici seulement sémantique mais correspond à l’idée moyenne qui structure le monde musulman, la Sunna a même valeur que le Coran, elle lui est même concrètement supérieure car les hadîths disponibles sont plus aisément accessibles, c’est-à-dire faciles à comprendre, que le texte coranique et répondent de plus, directement aux questions que se posent les gens.

Le Coran, lui, nous pose des questions, il nous interpelle.Une autre rigueur pour une autre éthique.
En définitif   et en toute objectivité, lorsqu’on confronte le Coran et la Sunna, il convient de poser, la problématique suivante :

1-  Le Prophète peut-il avoir prononcé des paroles en opposition ne serait-ce qu’avec un seul verset du Coran ?
Cela ne peut s’admettre.

2-  Le Prophète peut-il se contredire lui-même sur des points aussi importants que le statut ontologique et religieux des êtres ?
Un homme de la dimension du Prophète ne peut commettre de telles erreurs.

3-  Si l’on admet que le Prophète ait pu commettre de tels écarts de rigueur à travers ses paroles alors quel crédit accorder à l’ensemble de ses propos, la Sunna ?
Nous comprenons que des « textes » s’opposant à la fois au Coran et aux hadîths du Prophète, eux-mêmes en conformité avec le Coran,  ne peuvent être validés. C’est-à-dire qu’il serait incohérent d’admettre que le Prophète ait pu les prononcer.

4-  Si la Sunna s’oppose au Coran, quelle valeur a ce système de référence ?
Nous devons conclure que la seule Sunna qui puisse avoir de la valeur est celle que l’on expurgera de certains « textes » au nom de la raison coranique et non pas uniquement en fonction de la «seule» valeur technique des chaînes de transmissions.

Au final, si des « textes » dont le sens est contraire à celui du Coran se trouvent consignés en des corpus de hadîths authentifiés, c’est qu’ils ont « bénéficié » d’erreurs techniques les ayant maintenus en ces ouvrages spécialisés. Conclusion rationnelle qui ne préjuge évidemment en rien de l’intention sincère des auteurs réels de ces documents.
Voila ce qui, de notre point de vue et en saine logique, permet de conserver un équilibre rationnel entre le croire et le penser. Le critère de l’islam est le Coran, et la Sunna, tout comme le développement technico-juridique dit Sharia, ne possèdent pas le statut de vérité intangible révélée. Ainsi donc, la Sunna, c’est-à-dire un ensemble de textes transmis d’homme à homme, devrait-elle être conforme à la raison coranique et, d’autre part, rien ne devrait imposer que la raison humaine soit en obligation de capituler face au non-sens, à la contradiction, à la perte de sens, à l’injustice, à l’impensable.
Nous devons l’entendre à sa juste signification, bien trop de ces « textes » transmis reflètent abusivement les mentalités qui les ont vu naître et ne peuvent à l’heure actuelle être défendus. Mais, et ce point est capital, cette nécessaire sélection ne peut être établie au nom de critères quelconques estampillés « modernité », « réformisme » ou autres visions personnelles d’intellectuels. Le modèle, le référentiel, qui doit être ici mis en action est le seul Message coranique compris par et pour lui-même, le Hadîth se juge donc à la lumière du Coran.
Corollairement, ce n’est point le Hadîth qui donne sens au Coran mais bien le Coran qui donne sens au Hadîth.
Rien en cette démarche solide et cohérente ne cherche à opposer comme imposer une culture à une autre ou une  période à une autre. Le Message du Coran est universel et intemporel, il est ontologiquement le critère absolu à l’aune duquel nous devons juger de la Sunna comme de tout avis émis par les musulmans, nous y compris et en premier chef bien évidemment. Par souci de précision, nous ajouterons que cela n’a de sens, bien évidemment, qu’en notre seul domaine religieux, l’islam. Il nous faut donc apprendre à hiérarchiser l’information alors que jusqu’à présent nous avons appris l’inverse, l’information de la hiérarchie. De ce point de vue là, tout être est libre et responsable en sa religion comme il est responsable devant Dieu de ses actes propres.
Le Coran, nous l’admettons tous, comme un rigoureux et salubre  postulat, est message de justice et d’équité. A l’inverse donc, le Coran ne saurait être le vecteur de l’injustice et de l’iniquité. Ceci est un fait de raison, ce n’est pas un pensé de foi. Un croyant comme un non-croyant ne peuvent accepter que le Coran, ou toute autre Ecriture dite Sacrée, ou tout autre texte, puissent enseigner le mal et la discrimination. Ainsi, lorsque l’un de ces textes dits “Sacrés” – que 5 milliards d’êtres humains consultent – s’écarte de cette claire voie,  deux possibilités sont rationnellement envisageables :

1- Le texte est authentique, c’est-à-dire considéré comme émanant de Dieu, mais nous ne le comprenons pas correctement.

2- Le texte n’est pas authentique, il n’est que le reflet de la main des hommes.