Le vivre ensemble, précepte de l’islam ?

Le vivre ensemble, précepte de l’islam ?

Depuis le 7 janvier 2015 et les horreurs commises au nom de l’islam, nombreuses sont les voix musulmanes  qui se sont élevées disant : ceci n’est pas l’islam, ceci n’est pas notre religion. Mais le contexte géopolitique actuel du Moyen-Orient, les groupes armés terroristes (GAT) se réclamant de l’islam et commettant toutes leurs exactions en son nom, le climat de peur d’être à nouveau touché dans notre chair par de nouveaux attentats, sont autant de facteurs qui rendent cette formule bien insuffisante. Ces événements ne doivent pas renforcer les préjugés des uns sur les autres et finalement, compliquer, voire rendre impossible les relations sociales,  interreligieuses, en un mot, le vivre ensemble. Ils ne doivent pas scinder la communauté nationale, bien au contraire, ils doivent nous rapprocher, nous unir encore un peu plus afin de ne pas satisfaire ces terroristes avides de chaos et de division. Il devient donc primordial de définir ce qu’est l’islam, d’expliquer à nos compatriotes les valeurs de cette religion et plus particulièrement ce que celle-ci prône dans son rapport aux non musulmans, son altérité consubstantielle.

Les questions abordées ici porteront sur  les rapports entre musulman et non-musulman, entre l’islam et les autres religions, l’islam et le christianisme, l’islam et le judaïsme. Celles-ci  nous amèneront à répondre également aux interrogations  suivantes : L’islam accepte-il la liberté de croyance ? L’encourage-t-il ? L’islam peut-il condamner un peuple dans sa globalité, indépendamment des actions des personnes qui le composent ? L’islam reconnaît-il (accepte-t-il) les autres religions ? Les autres croyances ?

La liberté de conscience

L’islam fonde sa doctrine sur la sincérité, un aphorisme du prophète repris et cité dans tous les livres de la littérature  musulmane, nous dit : « Les actes n’ont de valeur (ne seront rétribués) qu’en fonction de l’intention qui les anime… ». Ainsi, seules les actions sincères n’ont de valeur. La foi, socle de tout le reste, ne peut être contrainte, car elle serait dès lors, vaine. C’est dans ce paradigme, que Dieu dit dans le Coran : « Point de contrainte en religion… » 2 : 256.
Selon l’imâm Al Qurtubi, grand exégète Andalous du XIIIème siècle, ce verset fut révélé suite à la contrainte exercée par un père musulman sur ses deux fils chrétiens afin que ceux-ci se convertissent à l’islam. Deux autres versets du Coran viennent expliciter celui-ci et disent : « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants… » 10 : 99. Ou encore  « Dis :
« La Vérité émane de votre Seigneur. Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut, qu’il mécroit ! » » 18 : 29
Ces versets posent cette valeur immuable qu’est la liberté de conscience, la liberté de conviction. Cette règle prônée par les versets et l’aphorisme du prophète, concerne la transcendance, la relation de l’être humain à son Seigneur, cette action du cœur qu’est la sincérité ne saurait être muable ou abrogée puisqu’elle est,  la base même de la foi.

L’islam assure donc à chacun cette liberté de conscience, cette liberté de croire ou de ne pas croire et déclare que chaque être humain au-delà des différences, des obédiences, des convictions, est frère en humanité. Cette croyance ou non croyance,  ne saurait en aucun cas annihiler la fraternité humaine.  En effet Dieu dans le Coran nous informe de l’origine commune de tout être humain, en disant :
« Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d'un seul être, et qui, ayant tiré de celui-ci son épouse, fit naitre de ce couple tant d’êtres humains, hommes et femmes ! Craignez Dieu au nom duquel vous vous demandez mutuellement assistance ! Respectez les liens du sang. En vérité, Dieu vous observe en permanence. » 4 : 1   Ou encore : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien informé. » 49 : 13 mais aussi : « Et parmi Ses signes, il y a aussi la création des Cieux et de la Terre, la diversité de vos langues et de vos couleurs. En vérité, il y a en cela des signes pour des esprits éclairés. »  30 : 22

Diversité et fraternité

 
La diversité qui découle de cette fraternité originelle est citée par Dieu comme, devant être pour l’être humain, source de volonté d’entre-connaissance, source de richesse culturelle et spirituelle, source de méditation et de réflexion. Le prophète témoignait chaque jour de cette fraternité humaine, en disant, à la fin de sa prière, juste après ce rendez-vous spirituel, qui apporte à l’être humain cette conscience de La Transcendance et de la grandeur de Sa création dans toute sa diversité : « Ô mon Dieu, notre Seigneur et le Seigneur de toute chose, j’atteste que tous les Hommes sont frères… » (Rapporté par l’Imâm Ahmad, Abu Dawud et Nasay.) Il confirma encore l’origine unique de l’humanité, la fraternité et donc l’égalité ontologique, lors d’un de ses derniers discours, au cours de ce que nous nommons le pèlerinage d’adieu. Il y dit, en guise de derniers conseils : « Ô vous les hommes ! Certes votre Seigneur est Un, et certes votre père est un. Vous êtes tous, enfants d’Adam. Il n’y a pas de prévalence d’un arabe sur un non-arabe, ni d’un non-arabe sur un arabe, ni d’un blanc (rouge) sur un noir, ni d’un noir sur un blanc (rouge), si ce n’est par la piété. Certes celui d’entre vous qui est le plus noble auprès de Dieu est celui qui a la plus profonde piété!… » Rapporté par Al Bayhaqi .
La relation que prône l’islam avec les non-musulmans résulte, de la liberté de conscience que reconnaît celui-ci pour tout un chacun mais également de la fraternité humaine qui nous unit tous, musulmans, non-musulmans, croyants ou non.

                                                                 
L’islam demande donc aux musulmans de se comporter dans l’absolu avec les non-musulmans, comme ils se  comporteraient avec un frère, libre de ses choix, dans l’acceptation pleine et sans retenu de ses différences, ceci en conformité avec la volonté de Dieu, qui, créa cette diversité. Il va même plus loin, puisqu’il nous demande tout simplement de nous comporter avec autrui comme nous aimerions que celui-ci se comporte envers nous, le prophète dit dans ce sens : « Aucun d’entre vous ne peut prétendre à la  plénitude de la foi jusqu’à ce qu’il aime pour son frère (en humanité) ce qu’il aime pour lui-même. » (Boukhari et Mouslim,) la notion de fraternité humaine de cet aphorisme est confirmée par un autre formulé en ces termes  « …et aime pour les hommes (an-nâs) ce que tu aimes pour toi-même, tu seras véritablement musulman ». (Ahmad, Tirmidhî, Al-Bayhaqî.)
Ceci étant posé, quelles relations le Coran prône-t-il envers les autres communautés de foi, envers les autres religions monothéistes ? L’islam et le prophète s’inscrivent-ils en rupture ou en continuité avec elles ?
La relation plus spécifique des musulmans avec ce que le Coran nomme « les gens du livre », les juifs et chrétiens, procède, elle, de l’inscription de ses trois religions révélées dans la tradition du monothéisme abrahamique. En effet l’islam reconnaît la prophétie de Moïse et Jésus, entre-autres. Il reconnaît donc de fait, qu’ils ont chacun reçu une révélation, à travers la Thora et l’Evangile. Le prophète Muhammad étant le sceau des prophètes, celui qui vint opérer la synthèse et clore la prophétie.  Il est le dernier d’une longue lignée qui a commencé avec Adam, le père de l’humanité, puis a continué à travers, entres autres, Noé, Abraham, Joseph, Jonas, Moïse, Jésus, etc… et se termine donc, par lui.
Vingt-cinq prophètes sont cités nominativement dans le Coran, mais Dieu nous informe qu’il en existe d’autres : « Nous avons envoyé bien des prophètes avant toi. Nous t’avons raconté l’histoire de certains d’entre eux et Nous Nous sommes tus sur celles des autres…» 40 : 78.

Dans la grande majorité, les prophètes nommés, sont des prophètes bibliques.
Dans la sourate « Les bestiaux » du verset 83 à 87, Dieu cite comme prophètes ayant été dirigés dans la bonne voie : Abraham, Isaac, Jacob, Noé, David, Salomon, Job, Joseph, Moïse, Aaron, Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus, Elie, Ismaël, Elisée, Jonas et Loth et informe même qu’une partie de leurs ascendants, descendants et proches fut élue et guidée.
Dans ces versets, il apparaît clairement que puisque Dieu est Un, Il est donc, dans la religion musulmane, le même pour tous les temps et pour tous les peuples. Ces rapprochements entre prophètes et ces prétentions à l’appartenance de la tradition du monothéisme abrahamique, amènent donc les croyants de ces religions à dialoguer ou débattre des points communs et des divergences. C’est ce qui crée une relation plus particulière, un rapprochement au sein même, de la famille humaine. 

Des versets virulents?

 
Une question se pose alors : pourquoi existe-t-il des versets « virulents » envers les chrétiens et les juifs ? D’autres appelants à combattre ? Si tous les hommes sont frères et que chacun doit respecter les croyances des autres, pourquoi combattre ? Comment comprendre ces textes, en apparence, contradictoires ?
Comme tout sujet traité par les sources scripturaires, il est essentiel, indispensable, pour pouvoir comprendre certains versets, d’inscrire ceux-ci dans la globalité du Texte, des valeurs qu’il prône et du contexte de révélation.
Le Coran, appelle l’être humain à une éthique universelle au-delà de toutes appartenances partisanes, il l’appelle à la justice et à s’éloigner des passions raciales, nationalistes ou identitaires.  Cette éthique universelle, immuable et absolue, basée sur les valeurs de justice, d’équité, de liberté, de dignité, ce message de foi et d’espérance ne peut être contredit, abrogé par un texte à portée spécifique, mal compris, décontextualisé, isolé du reste du message, contredisant le paradigme général porté par celui-ci.

Le Coran ne dit-il pas :
« Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’accomplissement de vos devoirs envers Dieu, et impartiaux quand vous êtes appelés à témoigner ! Que l’aversion que vous ressentez pour certaines personnes ne vous incite pas à commettre des injustices ! Soyez équitables, vous n’en serez que plus proches de la piété ! Craignez Dieu ! Dieu est si bien informé de ce que vous faites. » 5 : 8
Ce verset lie l’équité et la justice à la piété, et stipule que même en cas de sentiment d’injustice, de haine pouvant naître dans tout un chacun, en aucun cas cela ne saurait légitimer un comportement injuste. La recherche de justice et de bon comportement du croyant, n’est pas contextualisable car elle se fait pour Dieu. C’est dans ce sens que l’envoyé de Dieu dit : « Craignez l’invocation  de celui qui est injustement traité, même s’il est un négateur, il n’y a pas entre cette invocation et Dieu de voile ». (Hadith rapporté par Ahmed)

Les versets et paroles prophétiques, ayant trait aux gens du Livre, à des peuples ou des tribus nous ayant précédé peuvent donc être de trois catégories* :
•    Des versets fondamentaux visant à définir la Torah, le judaïsme, l’évangile et le christianisme.
•    Des versets généraux relatant l’histoire de Moïse, du peuple d’Israël, de Jésus… Qui, comme tout texte parlant d’histoire, situent les actions d’une partie d’un peuple, dans un «endroit» précis, à un «instant» précis.
•    Et d’autres plus spécifiques, liés au contexte historique et social, qui n’englobent pas «tout» un peuple, mais visent «exclusivement» ceux cités dans le contexte «spécifique».
*(Classification tirée du travail sur le sujet du Dr Al Ajamî dans son ouvrage « Que dit vraiment le Coran »)

Un point primordial à avoir en tête avant l’étude des sources scripturaires, est qu’en islam, face au destin individuel, aux actions individuelles, le jugement de Dieu ne peut en aucun cas être collectif. L’être humain est responsable de ses propres actions ou inactions, de sa quête de vérité ou non, de sa croyance, de ses prises de décisions, tout ceci en fonction de sa capacité personnelle, et de son intention. Dieu dit dans le Coran :  5 : 48 « …A chacun de vous Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre… » Ou encore, « Quiconque suit le droit chemin le suit dans son propre intérêt et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment. Nul n’aura à assumer les péchés d’autrui... » 17 : 15 Puis en sourate 53 verset 38 : «…Aucune âme ne sera chargée des péchés d’une autre âme ».
Dans la tradition prophétique, nous avons un épisode durant lequel le Prophète Muhammad a une vision. A cette époque, à La Mecque, les premiers musulmans sont dans une situation de persécution qui va jusqu’à la mort. Le Prophète fait un rêve dans lequel il voit au Paradis les enfants de ses persécuteurs. Questionné au sujet de ce rêve par ses compagnons, il leur répond en substance que les enfants sont innocents et qu’ils ne paient pas pour leurs parents.
Il est donc indispensable de faire la distinction entre les gens d’une même communauté de foi, d’une même communauté ethnique ou nationale, en fonction de leurs actions individuelles et de leurs prises de position personnelles.
Ainsi, lorsque le Coran condamne certains actes, certaines actions historiques, d’un petit nombre de personnes faisant partis d’un groupe ethnique, d’une communauté, d’un peuple, il précise sans jamais «essentialiser «comme dans la sourate 3 versets 113-115 « Cependant, les détenteurs des Ecritures ne sont pas tous les mêmes, car parmi eux il y a une communauté pieuse dont les membres passent des nuits entières à réciter les versets de Dieu et à se prosterner. Ils croient en Dieu et au jour dernier ; ils ordonnent le Bien, réprouvent le Mal et s’empressent d’accomplir de bonnes œuvres. Ceux-là sont au nombre des justes. Quelque bien qu’ils fassent, il ne leur sera pas dénié, car Dieu connaît bien ceux qui le craignent. »
Ces versets sont primordiaux, et viennent contredire le manichéisme de certains qui pensent de façon binaire, en amalgamant tout un peuple aux actions d’une frange de celui-ci, si infime fût-elle, et de fait, classe des communautés entières, des peuples entiers comme faisant partie du Bien ou du Mal.

Le statut spécifique des gens du Livre selon Le Coran et La Sunna.

Un autre verset fondamental, fondateur, vient résumer la relation prônée par le Coran, avec ce qu’Il nomme « les gens du Livre », notion comprenant les juifs et les chrétiens et d’une façon plus générale, tous les peuples ayant reçu une révélation. Dieu dit :29 : 46 « Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons ».
Nous trouvons, ici encore, dans ce verset, la nuance et la distinction à établir entre les gens d’une même communauté, en fonction des actions personnelles de ceux-ci
 
Quant aux versets, qui viennent définir la Torah, le judaïsme, l’ Evangile et le christianisme, citons entre autres :
« Dieu, il n’y a point de divinité que Lui, le Vivant, l’Animateur de l’Univers. Il t’a révélé graduellement le Livre en tant que Message de Vérité, confirmant ce qui l’avait précédé ; comme Il avait révélé la Thora et l’Evangile auparavant, pour servir de direction aux hommes. » 3 : 2-4.
« Nous envoyâmes, à leur suite, Jésus, fils de Marie, qui vint confirmer le contenu de la Thora précédemment révélée. Nous le dotâmes de l'Evangile qui est à la fois un guide et une lumière corroborant la Thora et servant en même temps de direction et d’exhortation pour ceux qui craignent le Seigneur. » 5 : 46.
Le Coran à travers les versets sus-cités confirme la prophétie et la véracité de Moïse et Jésus mais aussi la révélation de la Torah et de l’evangile qui sont considérés comme guide, lumière ou encore miséricorde divine.
Nous trouvons également pléthore d’exemples à travers les agissements du Prophète de Dieu, parmi lesquels, celui de la constitution de Médine établie en temps de paix et donc statuant sur les relations interreligieuses dans l’absolu hors contexte particulier. L’imam français et docteur Mohamed Bajrafil nous dit à ce sujet dans son livre Islam de France, l’an I (page 108) : « Le Prophète, quand il est arrivé dans la ville, a fait établir un pacte de non-agression et même de protection mutuelle entre les trois religions, qu’on appelle la Constitution de Médine, une cinquantaine d’articles rédigés de sa main qui forment le premier traité fondant une concitoyenneté dans l’Histoire de l’humanité. L’un d’eux disait, par exemple : « Les juifs ont droit à leur religion, les chrétiens ont droit à leur religion, les musulmans ont droit aussi à leur religion. » Par conséquent, liberté devait être donnée à tout groupe de pratiquer la foi qu’il estimait être la bonne.»

Cette constitution montre que l’islam reconnaît et accepte la diversité, qu’elle soit religieuse, ethnique ou autre. Les Hommes sont frères et forment la communauté humaine, unique dans son essence, seulent les actions que ceux-ci entreprennent volontairement, seule leur piété, les différencie auprès de Dieu.

« Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur pour les Hommes » disait le prophète (rapporté par al-Bayhaqî.) Un être humain qu’il soit, juif, chrétien, musulman, athée, etc… est un être humain, tous tirés de la même âme, comme le confirma le prophète lorsqu’un convoi funèbre passa devant lui, celui-ci se leva. On lui dit alors, c’est un convoi funèbre juif, et lui de répondre « N’est-ce pas une âme ? », (Rapporté par al boukhari, muslim et nasai)
Ainsi, il y a deux domaines bien distincts qui sont traités dans Le Coran par ces versets, celui de la foi dont le jugement appartient à Dieu, l’Unique, qui jugera des différents des êtres humains dans l’au-delà. Ce domaine sanctifié est réservé à Dieu, selon l’islam nul ne doit le questionner si ce n’est Dieu lui-même. Bien sûr les désaccords concernant celle-ci peuvent être discutés, on peut échanger sur ces sujets mais Le Jugement, La Vérité appartiennent à Dieu, c’est dans ce sens qu’il dit :                  
« …Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté ; mais il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et il vous éclairera alors sur l’origine de vos disputes. » 5 : 48

Le deuxième domaine est celui des actions qu’entreprennent les êtres humains et qui viennent bonifier ou compliquer voire rendre impossible leurs relations. Ces actions seront certes jugées par Dieu et tout un chacun aura des comptes à rendre sur celles-ci dans l’au-delà mais pour que la vie sociale soit possible, les lois et leurs applications sont nécessaires. Dieu dit dans le Coran :
« Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir. Tel est le cas de ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers uniquement pour avoir dit : « Notre Seigneur est Dieu ! » Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées ou le Nom de Dieu est souvent invoqué… » 22 : 39-40
Ainsi Le Coran peut condamner les actions commises par certains au cours de l’histoire de notre monde et même appeler à combattre ces injustices, mais comme nous l’avons vu, il ne peut en aucun cas condamner tout un peuple et juger celui-ci selon les actions d’une partie de ses composantes, actions pouvant être rejetées par la majorité de celui-ci. C’est en ce sens que nous devons comprendre certains versets appelant effectivement aux combats, ceux-ci appellent à combattre, pour se défendre, ceux et uniquement ceux qui attaquent, dans ce contexte bien précis et sans jamais être injuste ni dépasser les limites établies.
Il ressort clairement, selon Le Coran et La Sunna (tradition prophétique), qu’après la fraternité humaine qui nous unit, la fraternité de foi monothéiste et la filiation prophétique nous rapprochent encore davantage, même si l’histoire et la politique tendent à l’inverse. Il est alors essentiel de ne pas tomber dans les erreurs qui consistent, à comprendre ou juger une religion, une foi qui se base sur une source scripturaire à l’aune de l’histoire ou de l’actualité, celles-ci, faites et écrites par des êtres humains. Aucune religion ou même idéologie ne sortirait intacte d’une telle méthodologie de jugement.

Les interprétations des textes religieux dépendant en grande partie de l’épistémè propre à chaque époque, comme nous le rappelle le docteur Mohamed Bajrafil (page 28) paraphrasant Michel Foucault, il écrit : « l’épistémè est un système de précompréhension des choses, une sorte de cadre inconscient, issu d’un état donné de connaissance, à partir duquel on trie entre ce qui peut être pensé et ce qui ne peut l’être. Mais aussi à partir duquel nous voyons ce que nous voyons, parce qu’on ne voit jamais les choses de manière pure : elles passent à travers le filtre de ce que l’on sait d’elles ; on croit qu’elles apparaissent, alors qu’elles sont déjà en nous depuis longtemps. » Rares sont les lectures et interprétations échappant à un tel phénomène. Nous terminerons par un verset qui nous montre que le Coran n’essentialise pas, ne confond pas l’individu avec la communauté.  
2 : 62 « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui ont adopté le judaïsme, les chrétiens, les sabéens, quiconque parmi eux a cru en Dieu, au Jugement dernier et a pratiqué le bien trouvera sa récompense auprès de son Seigneur et ne ressentira ni crainte ni chagrin »