Purifier son âme : de quoi ? comment ?

Purifier son âme : de quoi ? comment ?

Le premier niveau de l'âme humaine ("ar-rûh al-hayawânî" ou "an-nafs al-hayawâniyya") est le confluent du "cœur" ("ar-rûh al-insânî" ou "al-qalb") et du corps, et donc, de façon naturelle, le siège du bien comme du mal. Du bien si les besoins du corps sont satisfaits en tenant compte de ceux du "cœur". Du mal s'ils le sont de façon excessive, c'est-à-dire sans prise en compte des exigences de ce "cœur". "Et par l'âme humaine et par Celui qui l'a créée, puis lui a inspiré sa piété et son libertinage. Aura réussi celui qui l'a purifiée. Aura perdu celui qui l'a corrompue" (Coran 91/ 7-10)

De quoi s'agit-il de purifier son âme ?
Al-Ghazâlî écrit qu'il est faux de croire que "purifier son âme" signifierait "annihiler toute composante corporelle de l'homme, tout sentiment et tout désir". "Le désir a été créé en l'homme pour une raison nécessaire associée à sa nature : si l'appétit cessait, l'homme ne mangerait plus et se détruirait ; si l'appétence cessait, l'homme ne se reproduirait plus. Si la colère était effacée totalement, l'homme ne pourrait plus jamais se défendre de ce qui va le détruire, et il serait détruit. Et tant qu'il y aura en l'homme le désir, il y aura également en lui l'attachement aux biens lui permettant de satisfaire ce désir, ce qui le poussera à garder des biens en sa possession. L'objectif de la purification de l'âme n'est nullement de chercher à effacer ces composantes de la nature humaine, mais de les ramener à l'équilibre, d'éviter l'excès" (Al-Ih'yâ, 3/92). Par rapport à la sexualité par exemple, il s'agit ni de faire de l'abstinence l'idéal (ceci constituant un extrême), ni de flatter l'instinct et de lui laisser libre cours jusqu'à ce qu'il occupe tout notre être et toute notre pensée (ce qui est un autre extrême). Il s'agit de canaliser la manifestation de cet instinct (ce qui correspond, en islam, à rester dans le cadre juridique du permis : "halal") et de ne pas faire de cet instinct lui-même un des objectifs de son existence (ce qui correspond à éviter de donner à quelque chose d'autre que Dieu une place trop importante, à éviter un shirk asghar).
"Purifier son âme", en islam, c'est donc d'arriver à éviter l'excès, non pas seulement au niveau juridique (actes extérieurs et visibles), mais au niveau de son cœur également. Car "la réussite dans l'au-delà, écrit également Al-Ghazâlî, est liée au fait d'avoir eu sur terre un cœur sain de tout attachement excessif aux choses terrestres. Dieu dit : "Le jour où ni enfant ni bien ne servira. (Aura réussi) seulement celui qui sera venu à Dieu avec un cœur sain (qalb salîm)" [Coran 26/88-89]" (Al-Ih'yâ, 3/93).
"Un cœur sain", c'est "un cœur sain de tout attachement excessif aux choses terrestres et qui aura été lié à Dieu". Cela ne veut bien sûr pas dire que l'homme arrivera à un état où il ne fera plus aucun péché (puisque cet état est le propre des prophètes uniquement), mais qu'il se conformera le plus possible sur le plan extérieur et juridique aux directives de Dieu, comme il développera sur le plan intérieur et spirituel des qualités (khuluq), et notamment un attachement réel avec Dieu.

Comment peut-on purifier son âme ?
Selon l'islam, l'homme peut se purifier de l'excès d'attirance vers ses penchants corporels et matériels par une pratique (foi et actions) conforme à l'authenticité musulmane, pratique qui inclut les efforts spirituels (jihâd un-nafs) faits pour développer réellement en soi la servitude à Dieu (al-'ubûdiyya).
Shâh Waliyyullâh écrit en substance : "Lorsque l'homme a la foi (al-îmân) - une foi qui englobe ses facultés morales et psychiques -, cherche réellement à se conformer à l'état de servitude à Dieu (al-'ubûdiyya), et agit ainsi longuement, chaque partie de son âme absorbe sa part d'adoration de Dieu, et des dispositions naissent alors en elle. Si ces dispositions sont profondes et permanentes (malaka), ce sont des qualités" (Hujjatullâh il-bâligha, 2/242). "Sache que la lumière de la foi que porte le cœur doit agir face aux pulsions naturellement présentes chez l'homme (afin de créer un équilibre). Cette action porte un nom spécifique, selon le type de pulsion auquel elle se rapporte, et le Prophète (sur lui la paix) a cité le nom de chacune de ces actions. C'est lorsque le cœur arrive à une maîtrise (malaka) dans son action face à la pulsion naturelle, que naît la qualité" (Hujjatullâh il bâligha, 2/273-274).

L'amélioration des penchants de l'âme :
Laissée en son état, l'âme humaine ("ar-rûh al-hayawânî" ou "an-nafs ul-hayawâniyya"), en prise avec ce qui l'attire du côté des désirs corporels, va au plus facile : la part de l'influence du cœur ("ar-rûh al-insânî" ou "al-qalb") diminue alors en elle, et elle devient axée sur le mal. C'est ce que dit le Coran : "Aura perdu celui qui l'a corrompue" (Coran 91/ 10). La corrompre, c'est, selon al-Ghazâlî, justement la laisser en son état (ihmâl) ; "L'âme pousse énormément au mal" (Coran 12/53). L'homme possède alors, pour reprendre la formule coranique, une "nafs ammârah bi-s-sû'". Mais "aura réussi celui qui l'a purifiée" (Coran 91/ 9) : cette même âme, travaillée par le moyen de la foi et des actions, devient au fil du temps plus proche de son côté spirituel au point de connaître un réveil de conscience : si elle se laisse alors aller encore assez souvent au mal, elle se le reproche. L'âme de l'homme est alors une "nafs lawwâma" (Coran 75/2). Travaillée encore, l'âme arrive à réaliser concrètement l'équilibre entre besoins du corps et exigences du cœur au point d'être "mutma'ïnna" (Coran 89/ 27), "sereine" dans la Présence de Dieu. Ce n'est pas à dire qu'elle ne fera plus du tout de péchés mais qu'elle aura réussi à diminuer considérablement ceux-ci.

Invocation (du'â) enseignée par le Prophète Muhammad (sur lui la paix) :
Le Prophète Muhammad a enseigné aux musulmans cette prière (du'â) à faire à Dieu : "Ô Dieu, donne à mon âme sa piété. Et purifie la. Tu es le meilleur qui puisse la purifier ; Tu es son maître et son seigneur" (Muslim).